Le chameau brave le froid, les profs aussi

Même frigorifiés, les profs défilent. Ils étaient ainsi environ 10 000 ce samedi à battre le pavé parisien sur un parcours venté, à l'appel de la FSU, la puissante fédération de l'Education.

Même frigorifiés, les profs défilent. Ils étaient ainsi environ 10 000 ce samedi à battre le pavé parisien sur un parcours venté, à l'appel de la FSU, la puissante fédération de l'Education, rejointe par la CGT Educ'Action et plus bizarrement par le Snalc, un syndicat aux positions conservatrices hostile au collège unique. Mais aujourd'hui tous combattent la réforme du lycée. La FSU et la CGT dénoncent aussi "la casse de l'Education" avec les suppressions de postes en cascade.
Véritable héros du défilé, un chameau aux couleurs du Snuipp-FSU - principal syndicat du primaire - avance nonchalamment derrière le carré de tête. "Il symbolise le régime sec auquel est soumise l'Education nationale", résume son secrétaire général Gilles Moindrot. Indifférent au crépitement des appareils photos, l'animal porte des pancartes des deux côtés de sa bosse: "la réussite de nos élèves ne doit pas rester un mirage" et "les ministres passent, les enseignants bossent".
Au vue des drapeaux flottant au dessus de la foule, les enseignants du secondaire, essentiellement du Snes-FSU, sont les plus nombreux, preuve que la réforme du lycée provoque un malaise. Les profs de la filière technologique brandissent leurs propres banderoles: ils redoutent la disparition de la voie Techno dont la réforme va bientôt être annoncée - seule celle de la voie générale est connue .
"En 5 ans, on a eu 40 suppressions de postes dans notre lycée, explique ce prof de maths membre du Snes, venu de Charleville-Mézières, je veux bien que l'académie de Champagne-Ardennes soit l'une des rares à perdre des élèves, mais l'an dernier dans notre lycée, nos effectifs n'ont pas baissé et on a supprimé 4 postes".
Cet enseignant s'inquiète aussi des répercussions de la réforme du lycée. Il critique la plus grande autonomie laissée aux chefs d'établissements, et craint une mise en concurrence des enseignants au sein d'un même lycée pour avoir plus d'heures de cours.
"En seconde jusqu'ici je donnais six heures de maths par semaine à mes élèves, qui se décomposaient ainsi: trois heures à toute la classe, une heure par demi groupe, soit deux heures au total pour moi, et enfin une heure de soutien à 7-8 élèves. Avec la réforme, il n'y aura plus que 4 heures pour toute la classe. Pour le reste - heures dédoublées, soutien, etc -, il y aura 10 heures et demie à nous répartir entre tous les profs de la classe, et nous risquons de nous bagarrer pour les avoir."
Les professeurs d'éducation physique et sportive (EPS) sont très mobilisés. Leur discipline est particulièrement touchée par les suppressions de postes, estiment-ils: on ne remplace plus deux départs à la retraite sur trois alors que la règle est d'un sur deux. Résultat, selon un prof du lycée de Créteil (Val de Marne), "on ne trouve plus de remplaçants et certains élèves n'ont pas cours pendant deux-trois mois, même l'année du bac".
"En plus, l'épreuve d'EPS a disparu des nouveaux concours pour devenir professeurs des écoles, ajoute-t-il. Alors que le sport est obligatoire en primaire, les nouveaux profs vont arriver sans aucune formation. On imagine une chose pareille pour un chirurgien ou pour un garagiste ?".
Il critique aussi les nouveaux programmes: "on veut nous imposer de faire de la relaxation avec nos élèves, et que le bien-être soit évalué au bac. Des lubies ministérielles décidées sans nous consulter !".
(责任编辑:Elisabeth)
